Corneille chanteur concert

Parce qu'on vient de loin de Corneille : un drame mêlé d'espoir

Cette chanson lui a été inspirée de la tragique histoire à laquelle il a assisté : le génocide rwandais. «   Parce qu'on vient de loin   » est une ode à l'espoir.

"Palala ouh palala ouh palapapa!" Si cet air a plutôt tendance à nous donner la pêche et à nous coller au cerveau comme un chewing-gum, c'est pourtant une histoire bouleversante qui se cache derrière Parce qu'on vient de loin. Corneille l'a racontée il y a quelques jours à nos confrères de Pure Charts

Corneille, rescapé du génocide rwandais

En 1994, la communauté Hutu s'en prend violemment à la minorité des Tutsi au Rwanda. En seulement 100 jours, elle tue environ 800.000 personnes. Parmi les victimes : les parents, les 2 frères et la petite soeur de Corneille.

A l'époque, le jeune chanteur a 17 ans. Il survit miraculeusement au massacre, grâce à une coupure de courant qui lui permet de se cacher derrière un canapé. Corneille s'enfuit au Zaïre, trouve ensuite refuge en Allemagne avant d'entamer des études de communication au Canada

Un titre né au Canada en 2003

"Je me rappelle précisément de l'inspiration du texte parce que ça faisait quelques années que je vivais à Montréal. J'observais beaucoup de jeunes de mon âge qui venaient du Rwanda et qui étaient devenus adultes beaucoup trop vite. Moi inclus." explique Corneille.

"A 12 ans, je ne m'imaginais pas à 20 ans être complètement indépendant, autonome, ne pouvant compter sur que sur moi pour subvenir à mes besoins. Et donc la chanson a commencé comme ça : "Nous sommes nos propres pères, si jeunes et pourtant si vieux". (...) J'ai eu cet air "Palapapa" qui me rentrait dans la tête et les accords me sont arrivés assez rapidement. La chanson a dû me prendre un jour pour l'écrire."

Une chanson d'espoir

Le drame que Corneille a vécu a bouleversé sa vie. Une vie dans laquelle il a été obligé d'aller de l'avant pour ne pas tomber "avec le recul, je n'étais pas triste du tout quand j'ai écrit cette chanson. Elle est partie d'une observation : on a été forcé de se prendre en main assez tôt. Aujourd'hui, je me rends compte que j'ai chanté un idéal. C'est probablement la chose la plus difficile à faire, de vivre chaque jour comme le dernier, en espérant et en priant que tout se passe bien. C'était un espoir" décrypte le chanteur.

Aujourd'hui père de 2 enfants, il a trouvé dans la musique un genre de refuge :  "La chanson, c'est une manière protégée de parler de moi, je me cache derrière un peu de poésie, un peu de musique, un peu de groove et de rythme, mais je ne le fais pas consciemment".

Un tube intégral en 2003 "difficile à gérer"

Le succès, il ne s'y attendait pas. Corneille admet que cette exposition soudaine a été "brutale" : le disque d'or, les tubes... c'était merveilleux, "mais je n'étais pas préparé. Depuis, tout a été un ouragan de succès, d'accolades, d'applaudissements. Je pense que j'étais dans la survie" confie-t-il. "C'est étrange à dire mais le succès dans la lumière, ce n'est pas évident à vivre. (...) Ça me laissait quand même un grand vide. Il a fallu que je fasse une pause parce que ça peut être lourd à gérer."

"La chanson de tout le monde"

Après un burn out, Corneille a préféré retrouver la sérénité en arrêtant tout. Il estime tout de même avoir eu "énormément de chance" et est plein de gratitude vis-à-vis de son titre Parce qu'on vient de lien. "Une chanson qui n'est quasiment plus ma chanson" dit-il. Car "elle est devenue celle de tous ceux à qui elle a fait du bien à un moment de leur vie".

C'est clair : ce tube nous parle. Et c'est pour ça qu'il a touché très vite le public en plein coeur. "Tout le monde y a trouvé un peu de sa vie. C'est extraordinaire quand même de parler de soi et de se rendre compte qu'on parle des autres aussi. C'est là que je trouve l'utile dans mon métier : plus on est vrai avec soi-même et plus on a l'impression d'être dans sa propre intimité singulière, plus on parle des autres." Alors là, on te suis parfaitement Corneille...